Je suis paix. Je suis amour. N’empêche, faudrait que je bosse, là…

« Maman ? C’est quoi un espion ?

- C’est quelqu’un qui essaie d’obtenir des informations top secrètes. Par exemple, si un pays invente un pistolet laser incroyable, et qu’un autre pays veut fabriquer le même, il envoie des espions. Ces espions essaient de trouver le plan secret du pistolet laser. Mais ils n’arrivent pas en disant : ”bonjour, mon nom est bond…”, je veux dire, ils disent pas qu’ils sont des espions, hein, ils disent qu’ils sont boulangers ou cyclistes. Tu comprends ? (inspire hiiiinnnn, expire, pfffffffffffff).

- Ah… D’accord. Eh ben moi, l’autre jour, j’étais avec Julien et on était des espions parce qu’un ennemi avait installé une arme incroyable dans son château alors nous, on était venus pour la voler, ah ah ! Mais on est malins et donc on n’a pas dit qu’on était des chevaliers, non, non, on a dit qu’on construisait des maisons…

- Maman ? Z’aime les poubelles…

- … et on a avancé la nuit, avec notre épée et on est rentrés sans faire de bruit, hhhhhiiiiiinnn, enfin, la porte grinçait un peu quand même, tu vois, et…

- Et maman, ‘egarde, Ba’bapapa, il boit l’a'cool et il crasse comme Luke*.

- … et soudain, un garde a jailli de derrière une botte de foin mais nous, on était des espions, ahaha et donc…

- Les enfants ? Les enfants ? LES ENFAAAAAAAAAAAAAAAANTS ? !

- Oui ?

- … Allez voir aux toilettes si j’y suis.

Courent, courent…

- Maman ? Mamaaaan ! Maman, t’y es pas !

- Non maman, t’es pas là !

- Qu’est-ce qu’on fait ? Maman ? J’ai regardé partout, t’es même pas dans la cuvette ! »

*

* Allusion à Luke non pas Skywalker, mais Luke, sorte de rongeur dans Bernard et Bianca, qui s’arsouille avec sa home-made gnôle à longueur de film et crache des flammes après chaque lampée…

Et les amis, c’est l’été, je m’en vais donc m’occuper des Têtards à plein temps. Mais je passerai certainement une tête de temps en temps et sinon, on se retrouve à la rentrée. Que la force têtaresque soit avec vous.

Papa Crapaud est une loque humaine. Papa Crapaud a besoin de dormir. Mini-Troll aussi. Papa Crapaud a une idée de ouf : pourquoi ne pas dormir avec Mini-Troll ? Oké. Je ferme la porte. Je m’enfuis sur la pointe des pieds : à moi la liberté ! Adieu Tchoupi, Émilie, Sam Sam, les Moshi Moshi ! Adieu Bernard, Bianca, Perdita, Mei, Satsuki, Kiki, pour la 567ème fois que même que j’annone les répliques en simultané sans m’en rendre compte… À moi le bonheur de lire une ou deux pages BD dès que j’aurai débarrassé la table, rangé le lave-vaisselle, récuré le plan de travail, étendu une machine, lancé une autre (celle du blanc). À moi… Au bout de 24 minutes, je récure (donc dans l’ordre, si tu as suivi, je n’ai toujours pas ouvert une page de BD, hein, on est bien d’accord) et j’entends papa Crapaud qui gémit :

« Au secouuuuuuuurs ! Maman Grenouille… Mam… Argh… »

Vite, je monte.

Consternation : Mini-Troll est à quatre pattes, les fesses en buse, parce qu’il essaie de faire une « paliguette ». Recroquevillé en position foetale, papa Crapaud gît dans un coin du lit, sous un monceau d’oreillers. Il couine. Il réussit à articuler dans un souffle :

« Emmène-le… Il veut pas dormir.

Mini-Troll n’aime pas qu’on décide pour lui, il intervient :

« Ze veux descendre. Ze veux descendre parce que ze t’aime.

Je ramasse mes yeux tombés de mes orbites et je fixe papa Crapaud avec :

- Quel Juda tu fais ! C’est toi qui lui as dit de me dire ça ?

- Non, corrige Mini-Troll d’un air désapprobateur, c’est moi qui dis. Ze dis ze t’aime. Ze dis ze viens avé toi…

- D’accord mon Mini-Troll. On va laisser papa dormir. Alors, qu’est-ce que tu veux faire ? Tu veux lire Tchoupi, Émilie, Sam Sam, les Moshi Moshi ? Tu veux regarder Totoro ? Bernard et Bianca ? La machine à laver peut bien attendre un peu, va… »

Mais… Mais comment sais-tu que j’ai des garçons ?

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Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.

« Maman ? C’est qui Monique ?

- Qui ça ?

- Monique ?

- Euh… aucune idée. C’est qui ?

- Ben je te demande !

- Je sais pas moi. Qui c’est qui t’a parlé d’elle ?

Air consterné :

- Toi. C’est toi qui m’a parlé de Monique.

Sueur, transpiration, palpitations. Ça y est, je décaroche complet. Ou alors, j’ai un éclat d’obus planté dans la cervelle façon génération spontanée.

- Je… Quand est-ce que je t’ai causé d’une Monique (nique nique, oups) ?

- Mais l’autre fois ! Dans Bernard et Bianca : tu m’as dit que Médusa, elle faisait du ski Monique… »

Je suis paix. Je suis amour. J’ai acheté des Saint-Jacques fourrées comme quand j’étais petite, que même après, les parents gardaient la coquille pour faire un cendrier. Mini-Troll n’a jamais vu un truc pareil :

« Kéku fais ?

- Je mange des fruits de mer.

- Tu manges la mer ?

- Non, mon MT, je mange des fruits de mer.

Têtard me regarde, l’air désapprobateur.

- Maman, pourquoi on dit des fruits de mer ? Pourquoi on dit pas des
légumes de mer ?

- Ben parce qu’on dit fruits de mer.

- Mais c’est débile : c’est salé ! »

Je suis paix. Je suis amour. J’épluche mes légumes.

« Tu sais maman, moi, j’ai une épée !

- C’est bien mon Têtard (un peu fatiguée, la mère Grenouille).

- Et tu sais comment elle s’appelle, mon épée ?

- Non…

- Elle s’appelle… Spiralus !

- Ah bon ?

- Oui ! Parce qu’elle est aussi forte qu’un escargot qui fait du kung fu. »

Aujourd’hui, au menu de la mare, gratin de courgettes à la bolognaise. Mini-Troll y plonge les doigts :

« A’solument délissieux…

- Merci mon Mini-Troll.

- Tu sais maman ? Il est très bon ton gratin. Il est… (A cet instant précis, Têtard fouette dru ses neurones pour trouver un compliment mammouthesque. Je le vois à son air torturé. Il veut éructer une louange digne du seigneur au moins, un truc d’une puissance surhumaine, qui va me clouer au tapis de bonheur, me noyer dans une mer de félicité absolue, me coller une paire d’ailes entre les omoplates. Mais le challenge est ardu. Réussira-t-il à relever le défi ?) En fait, ton gratin, il est… il est encore plus bon que celui de la cantine ! »

Je t’ai déjà causé de madame Chachard, la droguée du reblochon. C’est notre vaillante voisine du dessous. Elle affiche balèze ses 93 printemps. Faut pas se cacher sous les graviers, depuis un moment, elle est plus roseau que chêne, hein. Mais elle en impose. Elle grimpe ses quatre étages au moins une fois par jour. Et elle garde le cuissot alerte.

L’autre jour, on la croise dans les escaliers. Elle reprend son souffle et observe les Têtards à travers ses binocles triple épaisseur :

« Qu’ils sont mignons ! Ils me rappellent mes arrières-petits enfants… Qu’est-ce qu’ils grandissent !

- Oui, n’est-ce pas ? (j’admets, niveau relance, on atteint des abîmes de médiocrité. En même temps, qu’est-ce que je peux dire d’autre ?)

- Ah la la, ça passe trop vite !, se lamente cette brave madame Chachard.

Pas le temps de réagir. Têtard sort sa faux et me coupe l’herbe sous le pied. Puis il plante l’outil dans l’escalier, s’accoude négligemment dessus, regarde madame Chachard droit dans les yeux et lui sort :

- Eh oui ! C’est comme ça la vie : on naît, on grandit, on est jeune, on devient vieux, et on meurt.

- …

- Euh… On va y aller, keuf keuf. Bonne soirée madame Chachard… »

Papa Crapaud a exigé le silence. Faut dire, il discute au téléphone avec une sommité du collège de France. Je lis mes mails. Têtard joue avec deux dinosaures, allongé par terre, entre nous.

« Brrraaaaaoooouuum! »

Tiens, un orage.

« Brraaaaoooouuuuummm ! »

Ouh laaa, grosse pluie en vue… Mais pourquoi Papa Crapaud me lance-t-il ces œillades assassines ?

« Brrrraaaaaooooouuummm ! »

Nouveau regard mortel. Hein ? Noooon ! Il croit tout de même pas que… Meuh ouhahahahaha ! Impossible, voyons ! Ma main au feu. Un truc pareil, c’est pas humain ! Je fais non avec la tête. J’entends alors Têtard murmurer :

« Rhoooooo, j’en ai marre. Encore un prout et toujours pas une seule odeur en vue… »

A Annecy, j’ai fait quelques emplettes. Un album Marsupilami par Franquin pour Têtard. Un petit Totoro armé de son parapluie qui sautille partout, pour Mini-Troll. Or Mini-Troll ne le quitte plus. Il lui fait goûter son biberon le matin, lui fait renifler sa couche après son caca et le présente au docteur en hoquetant avant la piqûre. Une grande histoire d’amour, quoi.

Las… ce soir, drame chez les batraciens. Totoro a disparu. Ca tombe mal, j’ai justement un quintal de carottes à éplucher.

« Têtard ? Tu pourrais aider Mini-Troll à chercher son Totoro ?

- Mais je sais où il est !

- Ah bon ?

- Oui…

- …

- …

- Ben il est où ?

- Mais là ! Juste à côté de quelque chose ! »

Têtard s’en va à un anniversaire. Il est guerre et virilité. Il hurle, piapiate, fait les gros bras pour épater ses copains. Puis, il se tourne vers nous :

« Le papa de Julien (son grand pote), il a pas pu venir parce qu’il est mort.

- (oui, c’est nul mais en même temps…)

- Il a eu un cancer. Julien il dit que les cancers, c’est très dangereux. Que les cancers, c’est très méchant.

- C’est vrai mon Têtard. Parfois, on peut guérir, aussi, ça dépend. Le papa de Julien, il a eu un très méchant cancer.

- Ah… Il était de quelle couleur, son cancer ? »

J’ai pas su quoi répondre.

Faut que je te dise un truc. J’ai été pas mal déboussolée à Annecy* car imagine-toi que je ne pouvais pas téléphoner aux Têtards. Pourquoi ? Pour ça :

« Coucou mes amours ! Ca va mon Têtard ?

- Oui maman. Tu reviens quand ?

- Samedi et toi, ça va mon Mini-Tr…

- Aaaaaaaaaaaahhhhuuuuuuurrrrrrrrrrrrkkkkkkkkiiiiiiiiiiiiiiiiirrrrrrroooooooo, mamaaaaaaaaan ! T’es où Mamaaaaaaan ?

- Je suis à Ann…

- Aaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhh ! Ze veux mamaaaaaaaaan !

- Bon, euh… Papa Crapaud ? Tu me reçois ?

- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaauuuuuuuuuaaaaahhhhhhhhh ! Kéku fais mamaaaaaaaaaaan ? T’es oùùùùù ?

- Je te reçois mais la ligne est parasitée krrrrrrrrr, on se rappelle à minuit.

- Krrrrrrr… Xxxxxxxvvvvvvchrchrchrchr… Ok, Bien…

- Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ! Buuuooooooooooouuuuuuuuuh, mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan !

- … reçu. Clic. »

J’ai dépensé une fortune en mouchoirs pour m’en remettre. Et puis samedi, je suis montée dans le train. Pour fêter ça, je essèmesse papa Crapaud :

« J’arrive. Tout va bien ? »

La réponse ne se fait pas attendre :

« Me suis fâchée ce matin car Têtard a fait pipi sur le pouf dans sa chambre et Mini-Troll a étalé du rouge à lèvres sur le canapé. J’ai aussi fait brûler un torchon. »

Je ne suis pas parano mais parfois, j’ai des doutes : ma famille essaierait-elle de m’empêcher de partir ?

* Et sinon, je vous recommande trèèèèèèès fortement Mary & Max (sortie le 30 septembre), Panique au village (en octobre), Le sens de la vie pour 9,99 $ (déjà en salle) et Sword of the stranger (déjà en salle)…

8h16
« Venez mettre vos chaussuuuuuures ! Têtaaaaard ! Finis ton chocolat chauuuuud ! »

8h17
Une déflagration secoue l’air. Le souffle de l’explosion manque d’étouffer maman Grenouille. Que se passe-t-il ? Noooooooon ! La tasse de chocolat chaud ! Elle… elle vient de valdinguer. Le jus marronnasse court sur près de 10 m2. Maman Grenouille titube. Au même moment, un petit doigt boudiné essuie sur le canapé (avec un naturel confondant) une larme de caca fraîchement sortie de sa couche. Maman Grenouille voit. Maman Grenouille tremble. Maman Grenouille a peur. Ses yeux s’emplissent de larmes. Cuits. Ils sont cuits. Ils seront en retard à l’école…

Soudain, alors qu’une petite musique très eighties retentit, un halo de lumière apparaît au centre du salon-salle-à-manger-cuisine-bureau. Aveuglée, maman Grenouille se protège les globes oculaires avec son avant-bras. L’intensité lumineuse décroît. Maman Grenouille ose regarder. Oh ! Incroyable ! C’est… C’est… Mais oui, oh my god, c’est bien Super-Wassingue qui se tient là, nimbée de son aura et tout d’or vêtue ! Ses dents brillent comme mille étoiles et elle a le cuissot ferme. Sa culotte échancrée ressemble même pas à un string. D’un geste, Super-Wassingue retire sa cape. Chlak : la chose se transforme illico en serpillière, rampe jusqu’à la tâche et absorbe le chocolat. Elle lèche même les pieds de chaises contaminés. Vite, Super-Wassingue se retourne (wouf), avise le caca étalé sur le canapé vieux de trois mois. Concentrée, elle dégaine une brosse en langue de dragon pour réparer l’outrage pendant que deux bras caoutchouc surgissent de ses épaules, attrapent Cacator et exterminent son paquet puant. Bang. Super-Wassingue se tourne, claque des doigts et hurle « du balais ! » à la serpillière qui se jette de la fenêtre avec un « aaaaahiihaaaahiiiihaaaaaaaaahiiihaaahiiihaaaaaa » très tarzanesque. Un jet de poussière, un éclair. C’est fini.

Maman Grenouille se redresse. Le salon-salle-à-manger-cuisine-bureau est vide. Il est 8h18. Ils ne seront pas en retard à l’école.

Merci, Super-Wassingue.

* Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le terme chti « wassingue », cela signifie « serpillière ».

** Et je m’en vais comme chaque année au festival d’Annecy, donc je serai enfermée en train de mater des films d’animation toute la semaine prochaine. De retour le 15 juin… A très vite ! Et be paix et amour, hein…

Mini-Troll rentre de la crèche. Il est perplexe.

« C’est quoi ”de” ?

- Euh… comment ça mon Mini-Troll ?

- … ”DE” ?

- De ? Mais de quoi ?

- Kékeu c’est, ”de” ?

- Je suis désolée, mon Mini-Troll. Je… je crois que je ne comprends pas.

- Ze veux dire ”de” !

- … »

Pendant que papa Crapaud grelotte, roulé en boule dans le canapé (40° de fièvre, olé), Têtard et Mini-Troll mangent. J’apporte son Advil à Têtard, qui frôle les 40° itou (re-olé). Me voyant dégainer ma pipette, Mini-Troll relève un sourcil.

«  Kéku fais ?

- Têtard est malade alors je lui donne un médicament.

- Oui, toi, tu donnes de l’a'vil à Têtard pâque Têtard il a mal à ”de”. »

Bien bien bien.

Je suis paix. Je suis amour. J’accroche un monceau de linge gros comme un ours. Mini-Troll est à la maison. Fiévreux, il me glue et chouine à qui-mieux-mieux.

« Ze veux les bras. Mamaaaan… Les bras… Mamaaaan !

- Mon MT, il faut que je finisse ça, sinon, ça va moisir…

- Aïe, ze m’est fait mal à la tête. Oh silteplé, maman, ze veux les bras.

Mini-Troll a une particularité. Il veut tout faire TOUT seul. C’est parfois très pénible (« Mini-Troll ! Ca suffit ! Pas les doigts ! Si tu continues à te gaver à la main et étaler de la sauce tomate dans un rayon de trente mètres, je te donne tes lasagnes à la cuillère ! (éclat de terreur indicible dans les yeux) – Non ! Ze… ze fais tout seul ! »). Parfois, son obstination a du bon : tout est prétexte à prouver qu’il assure. Du coup, il adore aider. Je décide d’en profiter. Ca va lui changer les idées. Je lui confie donc une mission : aller chercher les gants de toilette qui sèchent dans un coin.

« Mini-Troll, tu veux me rendre un service ?

- Oui. Il est où, le service ? »

Têtard est allé se dépenser au parc avec papa Crapaud. Il a croisé des copains. Des nouveaux et des anciens. Il a grimpé sur des échelles, escaladé des toboggans à contresens, dérapé sur des pistes de skate et poursuivi des canards. Il a perdu huit litres d’eau et il fume au soleil. C’est l’heure des lasagnes. Ils rentrent.

« Papa, tu peux me porter ?

- Non, mon Têtard. J’ai le dos en vrac.

- Allez papa. Je suis fatigué.

- Non.

- Je suis vraiment super épuisé. Aahhh, j’ai trop couru : j’ai mal partout…

- Non.

- Mes jambes… Elles… Elle ne peuvent plus me porter, je tombe !

- Non.

- Mais… mais papa, tu comprends pas ! Je suis vraiment fatigué… t’as pas de cerveau ou quoi ? Hein ? T’as pas de cerveau ?

- Dis donc, tu ne parles pas sur ce ton à ton père.

- … Bon… pardon. Alors : est-ce-que-tu-as-un-cerveau, s’il-te-plaît-papa ? »

Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.

« Maman, je suis fatigué, tu me portes ?

- Non mon Têtard. Tu es grand. Tu pèses 23 kilos. Et rien que de le dire, j’ai les jambes qui flageolent.

- Allez quoi ! Les mamans, ça doit bien servir quand même à porter les têtards…

Je rêve.

- Non mon Têtard. Je t’aime mais j’ai besoin de mon dos.

- Maman ! Steuplé ! Je suis mais… pffff, épuisé ! Attends, j’ai marché au moins un kilo de mètres ! »

Effectivement, là, je fais pas le poids.

Je suis paix. Je suis amour. Je suis avec Têtard. Nous allons récupérer Mini-Troll à la crèche. Sur le trottoir, on dépasse une vieille dame. Qui fait la manche. Ca devrait pas être permis de laisser des vieux survivre comme ça. Je rebrousse chemin et je lui donne une pièce.

« Tu fais quoi maman ?

- Je donne des sous à la dame.

- Pourquoi ?

- Parce que ces vautours putrides du gouvernement feraient mieux de s’occuper d’elle au lieu de se curer les naseaux dans leurs bureaux dorés.

Réplique de maman Grenouille, deuxième. Clap.
En fait, je dis plutôt :

- Parce qu’elle a pas assez de sous et qu’elle a plus l’âge de travailler.

- Tu veux que je te dise ? T’es une robine.

- Hein ?

- Oui : une robine des bois, la femelle de Robin des bois. »

Alors que nous nous dirigeons vers un grand parc, Têtard et Mini-Troll inventent des gros mots.

« Gâteau pourri.

- Beurk, dégoûtant Mini-Troll ! A moi ! Saucisse de morve et son jus de caca.

- Beurk. Répugnant. À moi. Gâteau pourri.

- Dégoûtant ! A moi : crottin de cheval aux fleurs.

- Beurk. Répugnant. À moi. Gâteau pourri.

- Beurk. Immonde ! À moi : pipi de chat qui pue des pieds.

- Beurk. Répugnant. À moi. Gâteau pourri.

- Tu l’as déjà dit ! A moi ! Caca de crapaud.

- Beurk. Répugnant. À moi. Gâteau pourri.

- Nan mais Mini-Troll, il faut chang… Oh ! Maman ! Regarde… (yeux plein de lumière et trompettes made in paradis) : un surf !

- Un… quoi ?

- Là, dans le magasin : un surf !

- Ah non mon Têtard. Ce n’est pas une planche de surf. C’est une planche à repasser… »

Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher têtard à l’école. Il me glisse un TNI (Truc Non Identifié) d’1,5 cm sous le nez.

« Regarde maman !

- Oh ! Il est joli, ce petit chiot.

- Oui, je l’ai trouvé dans le préau. Bon, personne n’a vu que je le ramassais donc y a pas de problème.

Bien élevé ce garçon. Bourré de principes.

- Et c’est une chienne, c’est écrit dessus.

- Fais voir ? Ah non, c’est pas tout à fait ça. Ne devine pas, essaie de lire pour de vrai.

- Ch-I. Chi. N-A. Na. China ?

- Bravo mon Têtard ! En fait, on dit Chaïna et ça veut dire Chine en anglais. Parce que ça a été fabriqué en Chine.

- En Chine ? T’es sûre ? En… En CHINE !

- Ben oui, mon Têtard, y a genre à peu près aucun doute.

- Attends mais c’est in-cro-ya-ble ! Peut-être que quelqu’un vient de Chine dans mon école et l’avait dans son sac à dos et là paf, il l’a laissé tomber dans le préau ! Ou alors, un avion qui venait de Chine l’a laissé tomber dans la cour et quelqu’un l’a ramassé et l’a laissé tomber dans le préau ! C’est extraordinaire ! Quelle aventure ! Je vais l’appeler Chaïna.  Allez, viens Chaïna…»

Têtard et Mini-Troll jouent à frère Estoc. Le pitch ? Simplissime : ils se courent après dans tout l’appartement en hurlant « frère Estooooooc! ».

« Frère Estoooooooc !

- ‘rère estoooooook !

- Par ici, frère estooooooooooc !

- Pa’ ici ‘rère estoooooook ! A l’attaaaak !

- Ouais ! A l’attaaaaaaaaaaaaaa… ! Argh, rha, maman, mamaaaaaaaaan !

- Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qui se passe Têtard ?

- Décontaminateur de caca ! Je répète : décontaminateur de caca ! Viiiiite !

- Mini-Troll ? Viens changer ta couche !

- Non, ‘rère estooooook ! A l’attak du cacaaaaaaaa ! »

Allô docteur ? C’est la Grenouille.
Qu’est-ce qui se passe la Grenouille ?
C’est bizarre. Je me sens fatiguée, en ce moment.

Je suis paix. Je suis amour. Je coupe les ongles à Têtard et Mini-Troll.

« Tu as de la chance, Têtard, tu as les ongles et les mains de papa. Et papa a de très belles mains.

- Toi aussi, maman, tu as de belles mains.

- Euh… non. C’est gentil mais je n’ai pas du tout de belles mains.

- Mais si, je t’assure !

- Non…

- Mais si, elles sont jolies tes mains. Tu n’as pas du tout euh… des gros boudins. Enfin, pas des saucisses… Hein, Maman ? »