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Têtard adore Totoro*. Totoro mange des glands. Souvent, Têtard joue à trouver des glands. Hier, le gland en question était un ballon de baudruche. Têtard essaie tant bien que mal de le faire rentrer dans l’étagère, au milieu d’un fatras de livres. C’est pas facile.
Pendant ce temps, des invités un chouille guindés sourient et sirotent le thé.
Soudain, on entend :
« Oh ! Maman ! Viens voir ! Mon gland, il tient tout seul ! »
Un peu de sucre, keuf keuf ?
*Je précise : de Miyazaki, des fois que(ue)…
Audiard n’a qu’à bien se tenir :
« Police intergalactique ! Ouvrez !
- Je suis dans moooo baaaaaa !
- Ziou, ziou ! Baaaargh ! Vous êtes en état de gestation pour expérience frénétique illégale. Emportez la pièce à condition !
- Mais enfin, vous ne pouvez pas prendre ma gouverneuse thermo-nuclaise!»
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Pour ceux que ça intéresse, le vrai dialogue est, à peu près :
« Police intergalactique ! Ouvrez !
- Je suis dans moooon baaaaaaiiinnn !
Bruits de pistolets laser et d’explosions diverses : Ziou, ziou ! Bam, paf !
- Vous êtes en état d’arrestation pour expérience génétique illégale. Emportez la pièce à conviction !
- Mais enfin, vous ne pouvez pas prendre ma couveuse thermo-nucléaire ! »
In : Lilo et Stitch
« On avait dit qu’on jouait à mort ou vivant ! On avait dit que t’étais morte ! Ton oeil, y s’ouvre ! Alors t’es pas morte ! Bon ben puisque t’es pas morte, je m’en vais ! »
Tu quoque, mi fili…
« De toute façon, je t’aime plus. T’es plus ma maman! Tu t’en vas sur une autre planète ! »
S’il savait que parfois, je ne demande que ça…
Têtard est un mondain. Le voilà qui revient d’un dîner, chez sa copine Mathilde.
« Ca va mon têtard ?
- Ouais.
- Alors, t’as mangé quoi chez Mathilde ?
- Des couilles farcies ! »
Et moi, en entendant ça, j’ai les yeux comme des oeufs de couilles, dis donc…
0-0
« Maman, t’es mon gros coeur de la galaxie. »
What else ?
Têtard a passé une semaine chez ses grands-parents. Eh bien crois-moi ou non, ami lecteur, mais ils me l’ont perverti. En une semaine. Vite fait, bien fait, zou. Comment ? Ahah. Attention. Es-tu prêt à lire les mots qui vont suivre ? Parce que ça va être sanglant. Ouip, les prochaines lignes vont te conduire vers des affres de glauquitude inimaginables. Un torrent d’infamies polymorphes. Âmes sensibles, s’abstenir. Ce que tu vas découvrir n’est pas beau. C’est même moche. A côté de moi, Cosette, c’est Sissi impératrice. Alors ? Veux-tu découvrir l’abominable vérité ? Ok. Parfait. Enfile ton masque, colle-toi le tuba dans le museau, bouche-toi le nez et saute. Paf, en plein dans ma vie privée. Ca porte bonheur.
Ma mère se drogue. On a tout essayé pour la sevrer. La rehab’ qui te liquide le compte en banque, la méthode de substitution, le lit à la cave avec les manches nouées dans le dos, les coups, les pleurs, les supplications. Rien n’y fait. Chaque fois, elle replonge. Et nous, on est désespérés. Ma mère se shoote au LCM. C’est un truc, t’imagines pas la violence. Supposons. Elle a envie. Il lui faut sa dose de LCM. Ses pupilles se dilatent. Son rythme cardiaque s’accélère. Sa main tremble. Elle se met à mâchouiller frénétiquement son chewing-gum. Elle s’assoit dans le canapé et se met à marmonner toute seule :
« Où est-ce que c’est ? Où est-ce que c’est ? »
Elle appuie, appuie, appuie. Et enfin, la trouve. La Chaîne Météo. Aaaah. Ca va mieux. Y a une carte avec des petits soleils et des températures. Ouf. Ses épaules s’affaissent de bonheur. Son cerveau s’embrume. Oui. C’est atroce. Ma mère se drogue à la Météo.
Imagine mon désarroi, que dis-je, ma détresse infinie quand l’autre jour, le jingle de la météo sort de la radio. Et Têtard hurle :
« Chchchchchchchuuuuuuuut ! Maman ! C’est la météo ! »
Je le regarde, interloquée.
« Mais c’est que des bêtises, la météo !
- C’est pas vrai ! La météo, elle dit toujours la vérité ! »
Non… Pas lui…
Têtard cherche les oeufs.
« Ouh la, c’est froid. C’est glacé. Non Têtard, c’est glacé. Ah… Tu chauffes. Tu chauffes ! Tu chauffes ! Oui, là, tu brûles ! »
Têtard s’arrête net. Il me dévisage.
« Vas-y, tu brûles ! », je continue, enthousiaste.
Mais Têtard rebrousse chemin.
« Ben Têtard, qu’est-ce que tu fais ?
- Je m’en vais. Je veux pas brûler pour du chocolat. »
J’adore quand le téléphone sonne. Surtout quand c’est écrit : « Ecole » dessus. Et que comme par hasard, pile cette semaine-là, j’ai juste une tonne de boulot dont un demi-quintal très en retard.
« Oui, rassurez-vous rien de grave. Têtard vient juste de redécorer le préau avec ses boyaux. »
Mmmmmh, ça va être une bonne semaine, ça, j’vous l’dis.
Effectivement, Têtard a une gastro. Le souci, c’est qu’une fois la galette évacuée, tout va, tout va, tout va bien. Il court, saute, gesticule. Ponctue ses logorrhées d’un soudain : « oh là, maman, vite, y a un caca dans mon slip. » Se soulage et repart éventrer un coussin pendant que je nettoie le 32ème slip de la journée.
Et surtout proteste quand je lui annonce que pour le goûter, ce sera banane écrasée avec du sucre et jus de pomme.
« Attends, maman, c’est super nul comme goûter.
- Tu es malade, il faut mettre tes intestins au repos.
- C’est triste, une banane.
- Mais c’est mieux.
- Allez, quoi, juste un fourré au chocolat. Un seul, tout petit. C’est bon pour moi. Je t’assure, le docteur Fouzin a dit que les fourrés au chocolat, ça bloque la gastro ! »
Il ira loin, ce petit…
Heureusement que Têtard est là pour me remonter le moral. Parfois, je me demande si ce ne sont pas les parents qui ont le plus besoin de leurs enfants, et non l’inverse.
Bref.
Toujours est-il que pendant le dîner, Têtard avale son riz cantonnais. Et ça fait des grands slurp, et ça fait des grands slurp.
« Maman, c’est quoi une sirène ?
- Ca dépend, le bruit ou la créature ?
- La créature.
- C’est une dame imaginaire qui vit dans l’eau. Le haut de son corps est humain, comme moi (en mieux mais je ne le précise pas, faut pas briser le mythe). Et à partir d’ici (je montre ma taille), elle a une grande queue de poisson.
- Alors il est où, le trou de ses fesses ? »
Faut vous dire monsieur, que chez ces gens-là, on pose des questions rudement existentielles…
Si tu penses que l’esclavage a été aboli il y a pfoooouuuu, un moment déjà, alors pardonne-moi, cher lecteur, mais tu vis sur une autre planète, ton nombril en bandoulière. Pour te prouver que j’ai raison, je vais te raconter une anecdote.
Têtard a une sale habitude. Quand il a besoin de moi, il crie (je veux dire, il ouvre la bouche et fait vibrer son organe vocal sans se soucier de savoir si je suis occupée, en train de faire la vaisselle, plier du linge, travailler ou déféquer) :
« Mamaaannnnn ! Tu peux veniiiiiiir ? »
Et en bonne mère aimante, je réponds :
« Ouiiiii, j’arrive ! »
Au pire, si je suis vraiment occupée, je m’autorise une petite variante, hein, histoire de casser la routine :
« Ouiiiiiii, deux secondes, j’arrive tout de suiiiiiite ! »
Le week-end, vu qu’on vit ensemble, Têtard a tendance à se lâcher. Il m’appelle parce que le casque de son Playmobil est tombé et que « c’est super trop difficile de le remettre tout seul », parce qu’il a « fait un gros caca », parce que « y a un truc bizarre sur le canapé » (une miette de polystyrène), parce qu’il « trouve pas du tout son magazine, là, celui avec une cuillère rose dessus ».
Je côtoie l’urgence tous les jours, moi.
L’autre nuit, on a atteint un summum. Je me suis (encore) couchée tard. Oui, l’hiver, les Têtards sont malades souvent, donc je veille sur eux la journée et ensuite, je bosse le soir pour tenter de rattraper mon retard. Y a des médailles qui se perdent.
Il est environ 3h du matin. Je ne ronfle pas, je suis trop glamour pour ça, mais bon, je pense que je dois laisser couler un minuscule filet de bave sur ma taie d’oreiller. Soudain, je sursaute. Un hurlement vient de résonner dans le silence de la nuit.
« Mamaaaaaaaannnn, tu peux veniiiiiiir ? »
Merdre, à c’t'heure, ça doit être mega-grave. A tous les coups, il s’est chié dessus, il baigne dans son vomi, enfin, c’est la cata, quoi. Je me lève hop, je cours, je dévale les escaliers, j’arrive, haletante.
Têtard dort. Profondément.
Il m’a appelée en dormant. Le saligaud.
Je suis aux toilettes au train de lire Fluide glacial Le Monde. Soudain, la porte s’ouvre violemment. Elle s’éclate contre le mur dans un grand Bang !
Devant moi, Têtard, armé d’un bout de baguette, pousse un cri primal de premier choix :
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH ! »
Je hausse un sourcil.
« Euh… C’est parce que, en fait, je suis un homme de tromignon. »
Tu m’étonnes.
Il est 14h52. On est dans la cuisine. On passait là par hasard. Poussée par un élan d’amour maternel aussi soudain que dévastateur (pour mon porte-monnaie, j’entends), je susurre à Têtard :
« Dis donc, ça va bientôt être ton anniversaire. Il faudrait peut-être que tu réfléchisses à ce que tu vas demander…
- Non, je veux pas réfléchir. Je veux manger quelque chose de sucré. »
Ca s’appelle une bouffe…
Vendredi, 17h32. Le métro est bondé. La plupart des usagers ont le nez coincé entre l’aisselle de fin de journée, l’haleine chargée et l’oreille cireuse de leurs multiples voisins. Le métro à l’heure de pointe, c’est toujours un grand moment de glamouritude. Nous, on a eu de la chance. On est montés en tête de ligne donc on est assis. Il y a Têtard, son géniteur et moi.
Têtard is péting ze fire. Faut dire, on revient de chez le dentiste et non, il n’y a pas de carie. Ce petit trou marronnasse, au fond, c’est l’émail qui a sauté, c’est tout. Ouf. Parce que la roulette vrombissant dans la bouche innocente de Têtard, je m’en serais pas remise.
Son père aussi, est en forme. D’humeur badine. Alors pour plaisanter, il chatouille Têtard.
« Hihihihihihi, hahahahahaaha, hohohohoho, arrêêêêteuh, arrêêêêteuh, encore ! »
Les gens sourient. C’est mignon.
« Hihihihihihi, hahahahaha, ouarf ouarf, gniark gniark, hihihihihihihi, attends, papa, stop, stttoooooop, stoooooooooooooooooooooooooop, papa : J’AI FAIT DES GOUTTES DE PIPI DANS MON SLIP ! »
Silence de mort dans le wagon.
Lalalalala oua babeudouah, je ne les connais pas, je ne les connais pas.
Je raconte ma journée, torrent de rebondissements professionnels plus ou moins positifs. En réalité, pas du tout positifs, faut pas se planquer sous les cactus. Allez, même, j’ose parce que c’est vous : je disserte sur ma journée synonyme de gouffre abyssal, de marasme, un abîme de loose, un tourbillon de baffes dans ma face. Bref, pour de vrai, je fulmine devant mon amoureux :
« Attends, et là, tu sais c’qui m’dit ? Dingue, non ? Et en plus… Attends, attends ! En prime… In-cro-ya-ble ! Et à ce moment, je me lève et paf… »
Je gesticule, je postillonne.
Mini-Têtard me regarde avec des yeux suintant l’amour et bave : « da da dooooo. »
Têtard, lui, me dévisage. Ca fait trente secondes qu’il n’a pas parlé. Trop dur. La frustration commence à tordre son visage. Ses pupilles s’élargissent. Il suffoque. Il faut qu’il parle. Il faut vrai-ment qu’il parle. J’ai monopolisé la parole pour verbaliser quinze phrases. C’est trop. Ca y est, il tient plus :
« Maman ! Mamaaaan ! Ecouteuh, mamaaaan ! Moi aussi, j’ai une histoire !
- Têtard, temporise le père aimant, maman me raconte sa journée pleine d’émotions…
- Mais moi aussi, je vais te raconter mes motions ! »
Je ne peux pas rivaliser…
C’est qu’il s’énerve des fois, le têtard :
« Mais maman, ça, c’est Star Wazzzz !
- Mais on te dit que Star WaRS, c’est le nom anglais pour dire la Guerre des étoiles.
- Mais non ! La Guerre aux étoiles, c’est pas ça. Là, c’est Star wazzzz, y a un homme avec un pistolet laser. C’est l’homme de Star Wazzzz.
- Têtard ! Ca c’est La guerre des étoiles ! C’est aussi Star WaRS, c’est la même chose. Et puis d’ailleurs, qui t’a parlé de Star WaRS ?
- Mathieu ! Attends Mathieu il a 5 ans, il a un mini-ordinateur et il a vu Star Wazzzz. Et c’est pas DU TOUT la même chose que la Guerre aux étoiles ! »
Cinq ans. Et il préfère le croire plutôt que ses parents…
Si j’étais inventeur, je mettrais au point ZI objet vital à tout parent qui se respecte : le détecteur de caca. Un accessoire simplissime à utiliser : tu le saisis, tu l’as bien en main, façon brosse à dents électrique ou vibro (il pourrait être fluorescent), un truc pratique que tu peux pas faire tomber grâce à son revêtement anti-glisse. Tu pointes l’outil sur les fesses du bébé comme une télécommande. Tu appuies sur le gros bouton. Y a un caca, le bitonio sonne.
Soyons fous, j’ose même affirmer (ouh la, le riiiisque) qu’au niveau du degré d’indispensabilité du machin, le détecteur de caca talonnerait facile la découverte du téléphone, d’Internet voire du lave-linge. Ouais carrément. Je plaisante pas avec le caca moi.
Imagine. Ton têtard est à l’arrière dans la voiture. Il pleure. Pourquoi ? Ben tu sais pas. Tu passes donc en revue les différentes possibilités. Il a mangé y a pas si longtemps. Il a pas faim, alors. Il transpire pas. Il veut pas d’eau. Mmmmmh, le soupçon s’installe. Aurait-il fait caca ? Tu détaches ta ceinture, tu t’extirpes de ton siège (pas évident, puisque tu as des sacs sous les pieds, derrières les chevilles, à droite des genoux, vu qu’on est quatre dans la Clio) et tu te retournes pour la trente-sixième fois en l’espace de quatre minutes (parce qu’il a fallu vérifié qu’il transpire pas, attraper l’eau, tenter de la lui donner, la ranger pour la retrouver la prochaine fois, etc.).
Donc tu te retournes, tu te projettes, han, sur le siège arrière, tu te penches, tu plonges ton nez dans l’entrejambe de Mini-têtard, tu inspires : hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnn. Rien. Ou si, mais un fumet si délicat que t’hésites vachement. Tu recommences. Un léger parfum de sésame, peut-être. Dilemme. Ca pourrait être un gaz. Le caca est sournois : parfois, il sent pas, ou à peine.
Alors, dans le doute vu que MT se tortille comme une truite, tu avises la prochaine station service : 27 km. Tu attends. Tu t’es rassise (rouler à l’envers, ça donne des envies de galettes) et comme MT hurle désormais et frôle les 160 décibels, tu te retournes (once again) et tu chantes, hyper fort pour couvrir ses cris : « ainsi font, fooooonnnnnnnnnnt, foooooooooonnnnnnnnt, les petiteuh marionetteuh… »
Dix minutes plus tard, la voiture s’arrête. Tu es épuisée. Tu as perdu cinq litres d’eau et t’as des courbatures dans les bras, rapport aux marionetteuh (et si tu me crois pas, essaie de faire les marionnetteuh à l’envers sur un siège auto pendant dix minutes non-stop et on en recause). Tu sors MT de son siège, tu le passes devant, tu le déshabilles.
Pas de caca. Un désert fécal dans la couche.
MT te sourit et se frotte les yeux. Alors tu lui enfournes la tutute dans le bec et tu le regardes sombrer en deux secondes. Il avait juste envie de dormir…
Si Newton avait été une femme, il aurait pas eu besoin d’une pomme pour découvrir la gravitation universelle (l’attraction terrestre, en gros). Il lui aurait juste fallu une paire de nichons et une montée de lait. Un matin, il se serait levé et il aurait senti ses anciens oeufs au plat tomber d’un coup et entraîner tout son corps vers l’avant. Et en tâtant ses nibards métamorphosés en melons de Charente, il aurait eu sa révélation. Au lieu de ça, il lui a fallu une sieste. Feignasse.
Je ne sais pas si c’est une vue de mon esprit malade, mais j’ai comme qui dirait l’impression que la sagesse populaire a grave le moral en berne. On n’écoute plus les vieux dictons, les anciennes expressions, et tout le tralala. Ils fleurent trop le rance. Pourtant, un truc aussi bête que Jean-qui-rit, Jean-qui-pleure, c’est juste un concentré de génie.
Il n’y a qu’à ouvrir les yeux pour constater que c’est vrai : un môme fatigué, ça pleure, ça explose de rire et ça repleure façon : « ma mère est malade, mon père est à l’hôpital… » Tout ça pour dire que mon têtard est l’incarnation de Jean-qui-rit, Jean-qui-pleure quand il est épuisé. Mais c’est pas tout. En cas de grosse fatigue, Têtard, il tient plus sa tête. C’est le cerveau, mon fils (ouaip, et en sus, il est aussi le plus fort, le plus beau, le plus intelligent, le plus rigolo, le plus attendrissant, le plus génial, le plus mieux. C’est mon fils, en gros. En même temps, tous les fils sont les mieux. Toutes les filles aussi. Pour leur mère, j’entends).
Souvent, Têtard résiste au sommeil, il résiste, encore, encore, encore. Et d’un coup (généralement, à l’heure du dîner qu’on a avancé à 19h rapport à la taille de ses cernes), ses yeux commencent à se fermer (dans le nord, on dit qu’ils deviennent « tout bilouteux »), sa tête dodeline et le compte à rebours est lancé. « Allô Huston, nous avons un problème, Huston. » 5 minutes maxi. pour lui enfourner ses bouchées dans le bec. Ensuite ? Plus la force de mâcher. C’est à tel point que l’autre jour, on a atteint un sommet. Il était tellement exténué, le pauvre Têtard, que sa volonté (ou sa gourmandise, au choix) n’a pas suffi. Sa tête est tombée d’un coup dans sa purée de potiron.
Un têtard en croûte, on a eu.
La situation peut s’avérer catastrophique. Tenez, par exemple : on a faim. Ou plutôt, on a une espèce de fringale irrépressible, une envie de chocolat noir, au hasard. Une envie terrrrrrriiible. Que la langue claque sur le palais tellement elle s’impatiente. Et puis c’est pas de chance, y en n’a plus, du chocolat noir. Il pleut et il fait froid et donc, on n’a trop pas envie de sortir se geler la cellulite pour acheter une plaque au Franprix.
Au même moment, dans la cuisine, y a SIX Kinder surprise truffés de sucre, de graisse, et éventuellement d’un chouille de cacao qui sont là, à se tenir leur grosse bedaine et à nous faire de l’oeil : « miam, miam, mange-moi, tu pourras plus rentrer dans ton jean mais au moins, t’auras un orgasme des papilles, et c’est toujours ça de pris. » Si on n’avait pas d’enfant, on n’aurait pas de Kinder.
Et comme on a une volonté de la taille d’un acarien, on s’enfile le Kinder en moins de deux. Pire : on ouvre la surprise et on trouve ça méga-chanmé, le lapin vert qui danse le smurf avec une fleur plantée dans le croupion. Avec une pensée spéciale pour les mecs qui inventent ces trucs. Parce que faut avouer, au lieu de balancer, à moitié étranglé par son noeud de cravate : « moi ? Je suis banquier ! » à un dîner, ça claque de dire : « je conçois les merdouilles dans les Kinder, ze truc que les mômes ils vendraient leur mère pour. »
Sauf qu’après, une fois que le goût du sucre il est presque parti, au lieu de travailler, on passe sa journée à se demander ce qu’on va bien pouvoir inventer comme excuse : « mais je te juuuuuuure, mon Têtard, l’oeuf a commencé à bouger, paf, il a éclos, et incroyable, y avait un lapin dedans et il a sauté par la fenêtre ! »
Pitoyable.
Il est 22h46. On est à quatre dans la Clio, avec environ 150 kilos de bagages répartis jusque dans la boîte à gants. On est partis à 17h. On va arriver à 2h30.
C’est long.
En attendant, Têtard lutte contre le sommeil. Comme d’habitude, on sait pas pourquoi. Je peste in petto. Demain, on va encore avoir le pâté de grogne s’il ne s’endort pas…
Mini-têtard, lui, ronfle. On dirait qu’il a un coquelicot sur chaque joue.
Soudain, dans la bagnole, un cri déchire le silence : « maman, est-ce que ça a des dents, les singes ? »
Putain, y a des fois, faut vraiment suivre…
Peut-être trouves-tu ce site très pipi-caca, ô toi lecteur chéri qui as pris la peine de venir poser tes yeux sur ces lignes. Dans ce cas, scuze mais y a pas trop de choix. Ou tu n’as pas d’enfant (pas grave, hein, on ne te jette pas la pierre, Pierre), ou tu as oublié comment c’est quand ils rampent, qu’ils bavent et qu’ils mettent n’importe quoi, du trousseau de clefs à la miette de pain en passant par le téléphone et la prise, à la bouche. Parce qu’à cette période cruciale de l’existence, tout mais alors absolument tout tourne autour du caca.
D’ailleurs, soyons honnête, en réalité, ça commence le premier jour. A la naissance, en fait. Illico, on te broie les ovaires pour savoir si oui ou non, le grumeau que tu regardes avec des yeux comme des boules de loto, eh bé il a fait son caca ou pas. Et faut dire que son premier, de caca, il est grave space : tout noir et tout visqueux. Le nom savant, c’est méconium. Et toi, t’es fascinée. Wouahou. Non seulement il vit mais il chie. Dingue.
Ensuite, tu es à l’affût. Il est comment celui-là ? Liquide ? Odorant ? Bien moulé ? Tu allaites, ça sent le caramel. Et puis tu passes au bib’. Vient la purée. Enfin, tu affrontes la cata suprême : l’introduction de la barbaque. Ton enfant est devenu omnivore. Et ça se sent.
Tu t’habitues. T’as pas trop le choix en même temps, vu que tu mets les mains dedans à chaque fois. Le caca, tu le côtoies sous toutes ses formes (« tiens ! Des oeufs brouillés, il a les dents qui travaillent, ce petit », « dis donc, viens voir : c’est quoi ça ? C’est pas des glaires ? »), ses odeurs, etc.
Et c’est pas fini ! Parce que maintenant que le caca, il a la force avec lui, il faut que ton petit, il soit propre ! Sinon, gare à la grande méchante école qui le prendra pas s’il a des couches. Et là, tu l’encourages. « Vas-y mon têtard, serre les sphincters. C’est pas grave. La prochaine fois, t’y arriveras. T’as envie, là ? Cours, cours ! Dépêche-toooooooi ! Fais voir ? Bravo ! Chériiiiiiiiiii, viens voir ! Il a fait caca dans le pot ! » Et à nouveau, te voilà en pâmoison devant le caca. Totale gaga.
Voilà pourquoi ce blog est scato-friendly.
