Ne vous y trompez point. J’aime mes enfants. Je les aime plus que tout. Pour eux, je pourrais tuer. Je pourrais mourir. Je pourrais aussi me jeter dans une fosse à purin et la traverser en dos crawlé, un sourire niais sur les lèvres (ouais, comme les filles qui tendent les jambes et gesticulent dans les piscines) mais sans pince-nez, manger du hamster rôti, rouler une palourde au pape avec la langue, le mélange de la salive, et tout.

 

Pourtant, parfois, ça me prend. Je me vois seule, sur une île déserte. Sans eux, quoi. Plus de « mamaaaaaaaan ! Tu peux veniiiiiiir ? », « maaaamaaaaaaaaaaan, vite, j’ai très envie de faire caca ! » (chez le boucher), « maman, il est gros ton ventre » (quand je me pèse, alors que c’est même pas encore marqué combien je fais), « maman, pourquoi il a un gros bouton plein de poils sur le menton, le monsieur ? » (en parlant de la dame qui est assise en face de nous, dans le bus) ou encore, le très love-me-tender : « maman ? Crotte de neeeeez ! » avec un index pointé sous l’oeil maternel où trône fièrement une grosse mouquille bien juteuse, etc.

 

Bref, je pense que je suis une mère normale. Pour exorciser, j’ai décidé de raconter mes enfants. Et franchement, c’est pas triste.