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Têtard interpelle son père :
« Papa, tu peux me ramener les lunettes de vue de maman ?
- Pour quoi faire ?
- J’en ai besoin pour devenir un oiseau. »
Il boit, c’est pas possible…
PS : étant donné qu’un miracle est sur le point d’arriver, je vous l’annonce : nous partons en vacances. De vraies vacances. Sans travail. Sans connexion Internet. Coupés du monde. Seuls. Perdus in ze middeul of noouère. Au secours ! A l’aaaiiiiiiiiiide ! Inspire hiiiiiiiiiiiiiiiiin, expire pfffffffffffff. Par la force des choses, ce modeste blogounet sera mis entre parenthèses. Si je survis, dès le 4 mai, il relatera à nouveau les fabuleuses aventures du Têtard et du Troll.
PS 2 : plusieurs visiteurs sont arrivés jusqu’ici grâce à cette pour le moins étrange requête : « têtard glacé dans son caca ». Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que ça veut dire ?
Papa Crapaud a une bouffée de junk food. Vite, des surimis. Têtard veut goûter. Il tend le bâtonnet à son père et demande :
« Ca vit dans l’eau ça ? »
Le surimi se nourrit exclusivement d’algues microscopiques qu’il gobe grâce à ses petites dents acérées. Il vit en groupe et forme de grands bancs reconnaissables à leur couleur orange fluo. Le surimi se reproduit au printemps. Les mâles chaussent alors leurs bottes et partent à la conquête de… rrrrronnnnnnnnnnnflllllllllllleeeeeeeeeeeeeeee, rrrrrrrronnnnnnnnnnnnnfffffffffffllllllllllleeeeeeeeeee.
Têtard adore torturer le canapé. Il saute dessus, saute, saute, et ressaute. Le canapé couine. Têtard rigole.
Aujourd’hui, Têtard est à la limite de la mise à mort. Chtong, chtong. Soudain, un voisin tape dans le mur. Un coup. Vu qu’on habite à Paris et que les appartements de cet immeuble font tous la taille d’un placard à balais, ça peut arriver de se cogner dans les murs.
Toc !
Têtard s’arrête net. Sans réfléchir, il approche sa bouche du mur, rassemble ses petites mains en porte-voix et hurle :
« Oui, qu’est-ce qu’il y a ? »
Têtard est le king du remix. Y a qu’à voir sa réactualisation de Musclor. Imparable :
« Par le pouvoir du crâne ancestral, je suis le Père Noël tout puissaaaaannnnnt ! »
Têtard a appris plein de choses sur les hippopotames.
« Tu sais maman, une maman hippopotame, elle a peur de personne. Elle tue des lions et des crocodiles avec sa grande bouche s’ils attaquent son bébé hippopotame.
- Mmmmmmmmmh.
- Et elle court très vite ! La maman hippopotame court plus vite qu’un homme ! C’est très difficile avec ses petites pattes. Elle court… regarde c’est marqué, là : tu peux me lire ?
- Fais voir. Ah oui, dis donc, c’est pas mal : 45 kilomètres/heures (j’écarquille les yeux parce que je suis assez étonnée qu’un tonneau pareil puisse atteindre cette vitesse. Mais bon, motivée, par exemple pour péter la gueule à un lion qui attaque son Têtard, ça se comprend. N’importe quelle mère en ferait autant).
- Eh ben tu sais quoi, moi aussi, maman, je peux courir à l’heure des hippopotames ! »
Têtard digère tout ce qu’il voit. Le processus est toujours le même : il regarde un film, il rejoue les scènes. Il est Stitch, je suis Lilo. Il est O’Malley, je suis Duchesse. Il est Nemo, je suis Dory. Il est Bernard, je suis Bianca.
Avec, souvent, mister Oedipe en guest-star.
Aujourd’hui, je suis La Belle, il est le Clochard.
« Tiens maman, je t’ai ramené un os !
- Oh, merci. Tu l’as eu où ? (Notez l’enthousiasme maternel, y a vraiment des médailles qui se perdent…).
- Je l’ai acheté dans une nonosserie ! »
Ouarf !
* Pour Michèle qui a cliqué ce matin et n’a rien trouvé. Et s’est donc trouvée fort dépourvue quand la page est venue. Deux posts pour le prix d’un.
C’est l’heure de l’ami Ricoré. Je rince mon gosier avec un litre et demi de thé. Têtard mâchouille ses tartines, les yeux dans le vague. Il affiche un sourire rêveur. A la limite du niais. A tous les coups, il se récite encore je ne sais quel dialogue in petto.
Mini-Troll est dans sa chaise haute. Il agite quelques jouets. Il les balance par terre. Il se penche pour voir. Trop de la balle la girafe écrabouillée par terre. Ca aurait été mieux avec un petit bout de cervelle qui gicle mais bon… Il se redresse. Il me regarde, trop fier et beugle un cri victorieux qui laisse voir sa bouche édentée : « Dadaaaate ! ». Bienvenue dans La Guerre du feu. Il avise ce qu’il pourrait bien massacrer. Il cogne la table puis saisit un livre cartonné et le fourre dans sa bouche.
« Assassin ! », hurle alors Têtard.
Ouf. Tout n’est pas perdu…
Je suis paix, je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.
« Maman, j’ai un nouveau code secret.
- Ah bon ? C’est quoi ?
- Je suis… Batman !
- Batman ? Mais où t’as entendu parler de Batman ?
- Je le connais !
- Ah bon ?
- Oui, il m’a invité à son anniversaire.
- Ah bon ?
- Oui, je l’ai rencontré, dans sa ville.
- T’en as de la chance (oui, je sais, c’est pas hyper-original comme réplique mais en même temps, ça change de ”ah bon ?”).
- Oui. D’ailleurs, tu pourrais me prêter ton armure ?
- Euh… Mon armure ?
- Oui, ton armure de seins.
J’avoue, j’ai mis quelques secondes avant de comprendre.
- Tu veux dire mon soutien-gorge ?
- Oui, c’est ça !
- Pour quoi faire ?
- Ben les oreilles de Batman ! »
C’est simple. Soit Têtard confond Batman et Mickey. Soit je prends rendez-vous demain avec un chirurgien esthétique.
* Hommage à Claude, bien sûr.
Parfois, Têtard me déstabilise.
Hier, papa Crapaud revient victorieux de la chasse avec des crevettes qui piquent et du riz cantonnais. Têtard en a la bave aux lèvres. Je me rue sur ma soupe au curry. Qui arrache tellement qu’après deux cuillères, j’ai déjà des torrents de morve qui coulent dans mon bol, sous l’effet de la chaleur.
Alors que je me régale innocemment, Têtard me balance :
« Maman, est-ce que ta soupe, elle peut tuer ?
C’est vrai qu’elle est orange fluo, cette soupe. Mais tout de même.
- Non, une soupe, ça ne tue pas.
- Si.
- Non Têtard, je t’assure, on peut pas mourir en mangeant une soupe.
- Mais s’il y a du poison dedans ?
Mon radar s’enclenche.
- Où est-ce que tu as vu ça ?
- Il y a un monsieur qui a mangé de la soupe et paf, il est mort.
- Où est-ce que tu as vu ça ?
- Dans mon rêve, quand j’étais un adulte ! »
Bien, bien, bien… Pourrais-tu me passer le numéro de téléphone de SOS Psychiatrie, s’il te plaît ? Ou celui de Paco Rabanne, au choix…
Je voudrais faire une proposition révolutionnaire. Mao n’a qu’à bien se tenir.
Camarades, instaurons dès à présent une nouvelle discipline aux Jeux Olympiques.
Je vois d’ici ta face goguenarde, lecteur, ah, la blague, Maman Grenouille en train de faire du sport, ah ah ah, rhaaaa, kaf kaf, mazette, vite, tape-moi dans le dos, je m’en étouffe.
Ne t’en déplaise, ami, j’excelle dans un art qui talonne en difficulté l’escrime et le marathon réunis, rapport à la dextérité et à l’endurance dont il faut faire preuve : le changement de couche à minuit.
Imagine. Mini-Troll ronfle doucement. Je viens inspecter une dernière fois l’aquarium. Mes sens sont en alerte. J’avance dans le noir à tâtons. Je suis tendue. Soudain, mes naseaux frémissent : je rêve ou le pyjama de MT exhale un délicat fumet de brocolis digéré ? Je m’approche. Malheur. Le caca a frappé MT dans son sommeil. Tremble, ô lecteur, l’épreuve commence.
Je ferme les yeux. Je me concentre. Je ne vais avoir que quelques secondes. Si j’échoue, j’en ai pour deux heures à le rendormir. Pression, pression. Attention, top chrono ! Je glisse la serviette sous MT, j’ouvre son pyjama et… Ah merde. C’est le pyj. qui s’ouvre dans le dos. Oh pis v’là le body de cow-boy, celui qui descend jusqu’aux chevilles. C’est une conspiration. Quel est le con qui lui a enfilé ça pour dormir ? Ah oui, c’est moi.
Je desserre la couche. Une marée verdâtre se répand. Oh lala, elle va y arriver, elle respire, et elle plonge ! L’assemblée médusée retient son souffle. Lingette, bistouri, pince à linge, pot à crayons, tronçonneuse, hop, hop, hop, j’essuie, je crème, je referme, je retourne Mini-Troll, je lui renfile tout, je jette un coup d’oeil au chrono… eeeeeeeeet yes !! Record du monde des JO battu !! Ah lala, que d’émotions ! Mesdames et messieurs, quel talent ! MT continue de ronfler avec des fesses rutilantes !
En cas d’ex-aequo, j’ai même une épreuve subsidiaire : le retirage de body plein de caca, celui qui a explosé et retapissé l’intérieur des vêtements des genoux jusqu’aux épaules. Mais attention, sans en mettre sur les cheveux. Ah, ah, on fait moins le malin, hein ? J’avoue, quatre ans de pratique assidue et je n’y arrive toujours pas…
Ce matin, après m’être levée à 6h44 pour nourrir Mini-Têtard (re-baptisé Mini-Troll, ces derniers temps), je me suis recouchée. Un peu une sorte de miracle.
Quelques minutes (et une grosse mare de bave sur l’oreiller) plus tard, Têtard vient me réveiller. Il réclame un câlin. Il se glisse sous la couette. Il se glue à moi, se retourne et bing, me met un gros coup de tête dans le nez.
« Aïe, oh Têtard, tu m’as fait mal !
- Bah, j’ai pas fait exprès, tu sais, c’est parce que j’ai une grosse tête. Je vais quand même pas me couper la tête ?
- Non effectivement.
- Bon, alors je me pardonne. »
Têtard me pose parfois des colles.
Il jacasse :
« Tu sais quoi, maman ? Eh ben moi, dans la cour de l’école, j’ai attrapé Julien Thomas (son ennemi juré, je précise) et je l’ai lancé dans les airs et il a atterri de l’autre côté du mur. Et il était mort, ahah !
- Têtard, c’est pas bien de vouloir que quelqu’un soit mort. Il ne faut pas dire ça. »
Têtard se concentre. Ca bouillonne sous le cuir chevelu. Je suis limite à apercevoir de la fumée sortir par ses oreilles. J’essaie d’être plus claire :
« Tu comprends mon Têtard, même si les gens sont méchants, on ne peut pas être heureux de leur mort…
- Même si c’est Nicolas Sarkozy ?
- Euh… »
Parfois, je me demande si Têtard n’avale pas des space-cake en loucedé au goûter. Il a des sorties qui ressemblent à un court-circuit neuronal. Comme s’il avait un grille-pain dans le cerveau. Aujourd’hui, par exemple.
On marche dans la rue. Têtard se tait. Il est absorbé par ses pensées. Sans prévenir, il hurle :
« Maman, hey, tu sais quoi maman, tu sais quoi, eh ben moi, j’ai un chien rouge, un chien jaune, un chien violet, un chien bleu, eh ben ils ont tous la même couleur ! »
Silence. Il est reparti dans ses pensées.
Je ne vois qu’une solution. Ca doit être des potes du cheval blanc d’Henri IV…
Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.
« Alors, qu’est-ce que t’as fait de beau aujourd’hui, mon Têtard ?
- J’ai appris une nouvelle chanson.
- Ah oui ? C’est quoi cette chanson ?
- ”La belle queue”, annonce Têtard en mâchant son ourson en guimauve.
J’ai mal entendu. J’ai forcément mal entendu.
- Comment tu dis ?
- ”La belle queue”.
Cette fois, pas de doute, il a articulé. Y a même un type à lunettes qui s’est retourné.
Ayons l’air naturel. Tralalalalaaaaa.
- C’est tes copains qui t’ont appris cette chanson ?
- Non, c’est la maîtresse. »
Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle. Mon fils fréquente depuis neuf mois une école de pervers obscènes. Voilà. Tu fais tout pour protéger ton petit, tu lui expliques qu’il y a des méchants messieurs qui ont l’air gentil mais qui sont quand même méchants, qu’il faut pas accepter de bonbons d’un inconnu, ni suivre quelqu’un dans la rue. Et paf. Tu découvres que le satyre était dans la bergerie. J’ai la main sur mon téléphone portable, prête à dégainer pour appeler papa Crapaud et tenir un conseil de guerre. Objectif : saccager l’école, kidnapper la directrice, faire bouffer ses ovaires à la maîtresse.
« Tu peux me la chanter ?
- Moui : Nous n’irons plus au bois, Les lauriers sont coupés, La belle que voilà, Ira les ramasser… »
J’ai un gros problème dans la vie : je me perds dans mes pensées. Une fois que j’y suis, c’est le calvaire pour en ressortir. Je suis capable d’écumer les allées de mon labyrinthe perso pendant de longues minutes. J’erre, je me laisse porter. Et dans ces moments-là, je disparais de la surface du globe. Hop, plus personne à l’horizon.
Si, alors que je suis coincée dans mon dédale, quelqu’un surgit dans mon champ de vision, je reviens d’un coup. Je sursaute et je pousse un petit cri ridicule : « aaaaah ! » Ca m’arrive au moins une fois par semaine. Ca fait dix ans que ça fait hurler de rire papa Crapaud.
L’autre jour, Têtard avait invité sa copine Mathilde à goûter. Pendant que Mini-Têtard tabassait un ballon de baudruche dans le salon, Têtard et Mathilde jouaient dans la chambre (« au papa et à la maman », qu’ils disent sans rire à même pas encore quatre ans… ). Je vais chercher je sais plus quoi et ça me prend. Je m’auto-aspire.
Têtard débarque pile à cet instant. Je fais :
« Aaaaaaaaaaaaaah ! (toujours aussi ridicule).
Il sursaute.
Je re-sursaute.
Il me regarde en fronçant les sourcils :
« Ca va maman ? On dirait que t’as vu Lucie Fer !
- C’est pas Lucie, c’est Julie, intervient Mathilde. Julie Fer.
- Mais non, enfin, c’est Lucie !
- Pas du tout ! Elle s’appelle Julie Fer ! »
Leurs petites voix se perdent dans la chambre où ils sont repartis se crêper le chignon…
Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.
« Maman, il fait quoi là, papa ?
- Il est au travail.
- Je voudrais qu’il me ramène des crevettes qui piquent et du riz cantonnais…
- On en a déjà mangé hier.
- Et alors ?
- Alors ça coûte cher, le traiteur chinois.
Têtard me regarde.
- T’as plus de sous ?
Grosse suée. S’agit de faire gaffe. Je pourrais le traumatiser.
« Si j’ai des sous. Mais on ne peut pas toujours manger chez le traiteur (ououououh, je sens que je vais m’embrouiller, on se concentre, on se concentre). Sinon, on perd, euh… le sens commun. En fait qu’en plus, surtout en ce moment, comment dire, keuf keuf, on a moins de sous.
- Eh ben faut travailler plus ! »
Allô, l’exorciste ? Venez vite, Sarko a pris possession de mon enfant !
Têtard a un très léger défaut de prononciation. Dur dur de Jouer en mangeant du Chocolat… Alors il va voir l’orthophoniste. Et il fait la chasse au mouillé : pas de mouillé dans la bouche. Il est très fort Têtard, alors il se corrige tout seul. Presque tout seul. Parce que de temps en temps, il faut lui rappeler la chasse au mouillé.
« Têtard : avale ta salive… »
Têtard aurait scotché Lucky Luke à la porte du saloon : il déglutit plus vite que son ombre.
Bon, quand il est fatigué, il faut réitérer :
« Têtard : avale ta salive…
- Non !
- Pourquoi ?
- Mais parce qu’après, j’en n’aurai plus ! »
Têtard discute avec son père. Il l’interpelle :
« En plus, t’es tout nu, on voit tes seins !
- … J’ai pas de seins ! Maman a des seins. Tu trouves que j’ai des seins ?
- Ben oui.
- Chérrrriiiiiiiiiiie ! Je ne mange pas, ce midi ! »
Il est presque midi. Têtard observe son père.
« Papa, pourquoi t’es encore en pyjama ?
- Je ne suis pas en pyjama.
- Ben c’est quoi ça ?
- C’est un peignoir…
- C’est pas un peignoir, c’est un péblanc. »
Têtard est aux toilettes. Il m’appelle.
« Maman, il faut changer mon slip. Y a une goutte de pipi dedans.
- Têtard ! Il est 11h22 et c’est ton troisième slip de la journée ! Je passe ma vie à faire des lessives !
- Oui, mais je fais toujours des gouttes dans mon slip. C’est comme ça, la vie. »
Tu parles, Charles.
« Maman, pour mon anniversaire de quand j’aurai 4 ans, tu pourras m’offrir les 4 pistolets de Stitch ?
- Je t’en offre un. Un pistolet, c’est bien.
- D’accord. Mais alors, pour mon anniversaire de quand j’aurai 20 ans, tu pourras m’offrir les 3 autres pistolets de Stitch ?
- D’accord, pas de problème. »
Hin, hin.
20h12. Je récure la poêle. Je peste in petto contre mon sort d’esclave moderne.
Papa-crapaud lit une histoire à Têtard.
« Tu sais ce que c’est ”l’amour de ma vie” ?
- Non, répond Têtard.
- Ben par exemple, maman, c’est l’amour de ma vie. »
C’est bête, hein, mais mon coeur fait boum.
Têtard enchaîne :
« Oui, c’est comme moi, maman, c’est l’amour de ma vie… »
* Hommage à tonton Marcel, bien sûr.
