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Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.

« Alors, qu’est-ce que t’as fait de beau aujourd’hui, mon Têtard ?

- J’ai appris une nouvelle chanson.

- Ah oui ? C’est quoi cette chanson ?

-  »La belle queue », annonce Têtard en mâchant son ourson en guimauve.

J’ai mal entendu. J’ai forcément mal entendu.

- Comment tu dis ?

-  »La belle queue ».

Cette fois, pas de doute, il a articulé. Y a même un type à lunettes qui s’est retourné.
Ayons l’air naturel. Tralalalalaaaaa.

- C’est tes copains qui t’ont appris cette chanson ?

- Non, c’est la maîtresse. »

Le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle. Mon fils fréquente depuis neuf mois une école de pervers obscènes. Voilà. Tu fais tout pour protéger ton petit, tu lui expliques qu’il y a des méchants messieurs qui ont l’air gentil mais qui sont quand même méchants, qu’il faut pas accepter de bonbons d’un inconnu, ni suivre quelqu’un dans la rue. Et paf. Tu découvres que le satyre était dans la bergerie. J’ai la main sur mon téléphone portable, prête à dégainer pour appeler papa Crapaud et tenir un conseil de guerre. Objectif : saccager l’école, kidnapper la directrice, faire bouffer ses ovaires à la maîtresse.

« Tu peux me la chanter ?

- Moui : Nous n’irons plus au bois, Les lauriers sont coupés, La belle que voilà, Ira les ramasser… »

J’ai un gros problème dans la vie : je me perds dans mes pensées. Une fois que j’y suis, c’est le calvaire pour en ressortir. Je suis capable d’écumer les allées de mon labyrinthe perso pendant de longues minutes. J’erre, je me laisse porter. Et dans ces moments-là, je disparais de la surface du globe. Hop, plus personne à l’horizon.

Si, alors que je suis coincée dans mon dédale, quelqu’un surgit dans mon champ de vision, je reviens d’un coup. Je sursaute et je pousse un petit cri ridicule : « aaaaah ! » Ca m’arrive au moins une fois par semaine. Ca fait dix ans que ça fait hurler de rire papa Crapaud.

L’autre jour, Têtard avait invité sa copine Mathilde à goûter. Pendant que Mini-Têtard tabassait un ballon de baudruche dans le salon, Têtard et Mathilde jouaient dans la chambre (« au papa et à la maman », qu’ils disent sans rire à même pas encore quatre ans… ). Je vais chercher je sais plus quoi et ça me prend. Je m’auto-aspire.

Têtard débarque pile à cet instant. Je fais :

« Aaaaaaaaaaaaaah ! (toujours aussi ridicule).

Il sursaute.

Je re-sursaute.

Il me regarde en fronçant les sourcils :

« Ca va maman ? On dirait que t’as vu Lucie Fer !

- C’est pas Lucie, c’est Julie, intervient Mathilde. Julie Fer.

- Mais non, enfin, c’est Lucie !

- Pas du tout ! Elle s’appelle Julie Fer ! »

Leurs petites voix se perdent dans la chambre où ils sont repartis se crêper le chignon…