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Têtard a enfilé son chapeau de Zorro. Il court. S’arrête. Et apostrophe son père.
« Papa ?
- Oui ?
- Tu pourrais chanter la musique de Zorro pendant que j’arrive au galop sur mon cheval Tornado, steuplé ?
- Oui.
On est des parents aimants, hein ? Têtard va se cacher. Papa Crapaud entonne :
- Un cavalier, qui surgit hors de la nuit…
Têtard arrive en sautillant. Il fait potocloc potocloc. Ses sourcils sont froncés. Papa Crapaud poursuit, galvanisé :
- … court vers l’aaaaventuuure au gahalop !
Têtard sort son épée (une paille rose fuchsia) et pourfend l’homme invisible.
- Son nooooooooom, il le siiigne à la POINTEUH DE L’EPEE…
Papa Crapaud ne se sent plus de joie. Les bras écartés vers le ciel, il a les yeux révulsés, l’écume aux lèvres. Il hurle. Il tourne la tête. Il voit la fenêtre, derrière lui. Elle est grande ouverte. Les quatre-vingt-treize appartements qui donnent sur la cour profitent de son solo. Il continue, l’air de rien, mais un peu moins fort quand même :
- La fenêtre est ouveeeeeeerte, et je suis ridiculeeeeuuuuuhhh.
Têtard s’arrête net. L’épée encore pointée vers le plafond, il s’écrie :
- Mais non ! Tu dois dire « d’un Z qui veut dire Zorro » ! Alors, tu connais même pas la chanson ! Pfffffffffff. »
Têtard a été invité en week-end chez Mathilde. Nous aussi, par la même occasion. Au-delà du fait que nous ayons goûté de la torgoule pour la première fois, nous avons assisté à quelques échanges mémorables. Démonstration.
Têtard : On joue aux trois petits cochons ?
Mathilde : D’accord.
Têtard : Je suis Noufnouf.
Mathilde : Moi, je suis Nafnaf.
Têtard : Mais on dit aussi que je suis le lutin du Père Noël.
Papa Crapaud : Ah bon ? Je pensais que tu étais le Père Noël.
Têtard : Ouais, t’as raison. Je suis le lutin du Père Noël ET le Père Noël.
Mathilde : Ouais. Et moi, je suis la Mère Noël.
Têtard : D’accord.
Gros silence. Qui dure plusieurs secondes.
Mathilde : C’est qui la Mère Noël ? C’est la maman du Père Noël ?
Têtard : Ben… Plutôt son amoureuse, non ?
Mathilde : Ouais, c’est ça, c’est sa fiancée. Je suis la Mère Noël, alors.
Re-gros silence.
Mathilde : Ca va pas.
Têtard : Pourquoi ?
Mathilde : Je croyais qu’on jouait aux trois petits cochons…
Têtard : Ouais. Mais on n’est que deux.
Mathilde : Ah ouais…
Têtard : On n’a qu’à dire que je suis Nafnaf et nifnif. Je suis deux petits cochons et toi t’es un petit cochon, t’es Noufnouf.
Mathilde : Non, je veux aussi être deux petits cochons.
Têtard : D’accord, on n’a qu’à jouer aux quatre petits cochons alors.
Mathilde : D’accord.
Qui a laissé traîner le calva ???
Parfois, Têtard a des courts-circuits au niveau des neurones. J’en suis à me demander si ça tourne rond ou carré dans son ciboulot. Hier, par exemple. On boit un petit coup. Lui a pris son rituel «jus-d’abricot-avec-une-paille-noire-s’il-vous-plaît».
De l’autre côté de la rue, il y a une supérette.
Têtard l’observe et émet des bruits d’orang-outan en aspirant son jus. Soudain, il me dit :
« Oh ! Maman ! J’ai vu quelque chose d’in-cro-ya-ble !
- Ah ?
- Oui. (Il baisse la voix et se penche vers moi) J’ai vu une queue blaaaanche sortir du magasin.
Il se tait, reste suspendu en avant et me regarde avec des grands yeux. Ca veut dire que c’est à moi de causer, je pense.
- Mmmmmh. Et tu crois que c’était quoi ?
- Ben un chien noir, chhhhhhhhuuuttt… »
J’acquiesce et je sirote mon Perrier, l’air de rien. On ne sait jamais, il pourrait sortir un couteau de boucher de sous la table et me rejouer Psychose sans les violons : « hiiiihiiiihiiiihiii ».
Faut te dire un truc. En ce moment, j’ai le moral très morne plaine. Et pas bêtes (sans mauvais jeu de mot), les trois crapauds de la maison, ils le voient bien. Hier, je suis rentrée. Down. Ils étaient tous allés chez le fleuriste. J’ai eu droit à un bouquet de tulipes. En le découvrant qui trônait sur la table, j’ai ouvert des yeux comme des accras de morue (baignés de larmes, hein, pas d’huile) :
« Merciiiiiii !
Je me tourne vers papa Crapaud :
- Ainsi donc, tu connais mes fleurs préférées ?
Papa Crapaud toussote :
- Non, en fait que pas vraiment parce que pour dire la vraie vérité et donc que même c’est Têtard qui m’a dit que les tulipes étaient tes fleurs préférées. »
Treeeeeeeeeeeeeemble Clooney, car tu as trouvé ton maître !
Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.
« Dis maman, tu vas mourir bientôt ?
- Je ne sais pas. (Mauvaise pioche, ses pupilles se dilatent). Je ne pense pas. (Ses sourcils se froncent). Quand je serai très vieille. (Ouf).
- Tu vas pas mourir ce soir ?
- Non (pourvu que non, mazette, sinon, je lui aurai menti).
- Donc tu vas mourir à la fin ?
- Y a des chances… »
PS : et c’est le 100ème post, donc sans mauvais jeu de mot, hein, longue vie à ce blog, uhuhuh.
Têtard a fait une bêtise. Je l’interpelle :
« Dis donc, Têtard, viens me voir s’il-te-plaît, j’ai deux mots à te dire.
- Moi aussi, j’ai deumo à te dire, qu’il me répond.
Un peu interloquée, je lui demande :
- Ah bon ? Et c’est quoi ?
- Deumo. »
Soupir.
Têtard a du mal avec le petit-déjeuner. Et tous les repas en général. Y a toujours mieux à faire. Emmener son dinosaure Zorro se battre dans le garage, jouer à lancer la balle et la rattraper avec une frite en plastique, chanter (dur avec la bouche pleine), noyer un rouleau de PQ vide, etc. Souvent, je suis obligée de hausser le ton. Surtout pour le lait.
« Têtard, bois ton lait.
Il boit une lampée de fourmi et me regarde avec des yeux Manga :
- Je crois que j’ai bien bu, hein…
- Non, t’as pas bien bu. Finis ton lait. C’est bon pour ton corps, ça l’aide à grandir, tes os deviennent costauds, bla bla bla.
- Non.
- Mais il le faut.
- Non. De toute façon, je veux pas d’os. »
Moi, maman Grenouille, certifie sur l’honneur être une vraie 100 % Chti… même avant le film. J’utilise donc souvent des mots que personne ne comprend. Par exemple, au lieu de dire merde, je dis brun. Parce que dans le Nord, du brun, c’est de la merde. Et jusqu’à récemment, pas grand monde était au courant. Mimétisme aidant, papa Crapaud intègre certains mots de vocabulaire septentrionaux. Ce matin, il renverse son café et s’écrie :
« Brun de fuck !
Têtard lève la tête.
- Brin de phoque ? Où t’as vu un phoque papa ? »
« Maman, on va à l’école aujourd’hui ?
- Non, on est le week-end.
- Est-ce que c’est dimanche ?
- Non, c’est samedi.
- Mais ce jour, est-ce que c’est dimanche ?
- Non, c’est samedi.
Têtard fond en larmes et se met à brailler :
- Ooooooooooooh, mais pourquoi c’est pas le week-end ? »
Têtard et Maminette sont au café. Pour « boire un ptit coup ». Une des activités favorites de Têtard.
« Qu’est-ce que tu prends, Têtard ?
- Un jus d’abricot.
Le serveur arrive. Maminette commande :
- Alors un jus d’abricot et…
- Avec une paille, implore Têtard.
- Pour moi, une bière s’il-vous-plaît. »
Quelques minutes plus tard, les consommations arrivent. Le serveur n’a pas le dos tourné que Têtard assène :
« Maminette, c’est bon mais la prochaine fois, tu prends une grenadine, hein.
- Pourquoi ?
- Parce que quand tu bois de la bière, après, tu sens mauvais. »
Tchin…
C’est complètement la fête, là. Ouaip. Papa Crapaud et moi, on sort. Tous les deux. En amoureux. Sans les têtards. Un truc à la limite de l’impensable.
Plan d’attaque. Je regarde dans la glace. Je vois une tête de chouette effraie avec des cernes taille XXL. Je dégaine le fond de teint, le mascara, le gloss. J’appelle en urgence une entreprise spécialisée en ravalement de façade. Y a du boulot. Je fouille dans ma pile de linge propre pas plié depuis trois mois. J’exhume un petit top pas trop trop chiffonné. J’avise l’ensemble dans le miroir. Ca va. Pas mal même. Je me sens plus : je souris.
En prime, le ciel est avec nous ! Mini-Troll est tombé il y a une heure. Il ronfle, les fesses en buse, moulé dans sa grenouillère. Je m’apprête à partir le coeur léger. Je m’en vais quand même claquer une bise à Têtard qui adooooore sa baby-sitter et m’adresse à peine un regard.
« Euh… Têtard ? On s’en va… »
Il daigne esquisser un signe. Il lève la tête. Et il m’assomme :
« Il est joli, ton pyjama. »
Je te passe les détails sur comment papa Crapaud l’a dégotée parce que ça prendrait trop de place, mais enfin, à la fin de l’histoire, tu apprendrais qu’il a ramené à Têtard une casquette de l’ESO (European Southern Observatory, Observatoire européen austral, si tu causes pas english). Bleu marine.
Il se trouve que papa Crapaud a visité l’un des observatoires de l’ESO. C’est une station en très haute altitude. Un endroit de dingue. Tellement qu’en fait, le dernier James Bond y a été tourné (enfin, un bout). Daniel Craig est venu. Tataaaaaa. Et comme les mecs de l’ESO sont pas des radasses, ils lui ont aussi filé une casquette ESO. Bleu marine. Le must ? Il paraît que ça fait deux mois que Daniel Craig mange, parle, dort et chie avec son képi vissé sur le crâne. Bien sûr, Papa Crapaud s’est pas privé d’expliquer à Têtard la chance qu’il avait de porter la même casquette que James Bond.
Je suis paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école. Je lui ramène sa casquette, en prime, vu qu’il y a du cagnard.
« Elle est sympa, ta nouvelle casquette. Il a bien choisi Papa.
- Oui. C’est la même que zbing bong. »
Comme d’habitude, il m’a fallu un conseil de guerre éclair au niveau des synapses pour comprendre. Et puis la lumière fut. My name is Bong. Zbing Bong (d’après l’oeuvre de Yang Fi Ming).
Têtard se promène avec papa Crapaud. Dans la campagne. Limite la jungle, quoi. Et donc, ils se perdent. Papa Crapaud avise une dame avec deux jeunes enfants et lui demande son chemin. La dame le lui indique bien volontiers. En repartant, Têtard lance un tonitruant :
« Merci madame ! Et au-revoir !
Il se tourne vers papa Crapaud :
- Elle est gentille cette dame. On la reverra ?
- Euh… Peut-être. Si on se perd dans la même rue, un même jour de la semaine, à la même heure…
- Ah. D’accord.
Têtard se tait. Autrement dit, il réfléchit. Il reprend :
- Mais, papa, en fait, c’est pas vraiment une dame, cette dame.
- Ah bon ?
- Ben non ! C’est une maman. »
Têtard lit son Encyclo des animaux. Il avise un pélican.
« Lui, il est trop fort. Regarde son long bec : c’est son panier. Il s’en sert quand il va faire ses courses. »
Ben côté look, perso, je préfère pousser un caddie, hein…
Têtard et Mini-Troll pataugent dans le bain. Têtard glisse le long de la baignoire pour plonger.
« Arrête ! », lui demande papa Crapaud.
Têtard n’en fait qu’à sa tête.
« Arrête ! », insiste papa Crapaud.
La troisième fois, Têtard manque de s’empaler sur Mini-Troll. Papa Crapaud se fâche et le sort du bain. Hop. Comme on dit à la télé : « et soudain, c’est le drame. » Têtard veut retourner dans le bain. Mais non. Il est puni. Fallait y penser avant. Il pleure. Il va dans sa chambre, enroulé façon un nem dans sa serviette. Il hurle, il sanglote, il hoquette, il serre ses petits poings.
Il revient :
« Maman, je veux prendre un bain, je veux… sniff, sniff, s’il-te-plaît mais maman, je vais être triste, tu sais, et si je suis triste, tu vas être triste et alors tu vas pleurer et ça va être horrible. Allez maman, s’il-te-plaît, tu peux me dépunir ? »
Et moi, qui c’est qui va me dépunir d’avoir engendré un boulet pareil ?
Têtard est au parc. Il joue, il saute, il crie :
« A l’abordaaaaaaaaaaaaaaage ! »
Il rigole, il glisse, il grimpe sur un mur, il vacille, il s’écrie :
« Ouh la, mais dis donc, c’est dangereux ici, je pourrais tomber et me faire catastropher ! »
Il repart. Il poursuit une mouche. Il l’assomme.
Il s’arrête. Il souffle.
Il rencontre un nouveau copain. Le nouveau copain a 5 ans et demi. Mais pas que. Il a aussi une tête et demie de plus que Têtard. Têtard s’en fout. Il veut faire la course. La course ! Allez quoi, la course ? Le nouveau copain accepte. Jusqu’au tronc d’arbre, là-bas. Ils se tiennent prêts, attention, partez !
Pfiou. Têtard n’a pas fait deux mètres que le copain est quasiment arrivé. Têtard fronce les sourcils. Il le voit bien, que ça craint. La course l’aura tuer. Il va repartir la tête basse et l’ego roulé en boule dans son slip. Alors, il prend une grande inspiration et hurle :
« Hey ! Celui qui gagne, il a perdu ! »
Le copain freine. Trop tard. Il a atteint l’arbre. Il a perdu.
Et moi, je me dis que c’est pas gagné…
Gaffe à tes yeux, lecteur, car tu vas assister au plus énorme compliment que cerveau humain ait jamais inventé. Et c’était pour moi, héhé. La classe, hein ?
Je suis donc paix. Je suis amour. Je vais chercher Têtard à l’école.
Silence. Au moins trente secondes, le silence. Limite flippant.
Et puis soudain :
« Maman, toi, t’as des petits talons. Des talons tout mignons.
Il me faut un temps d’adaptation pour enregistrer l’information euh… inédite et me faire une réu de crise neuronale pour dégoter un truc un chouille pertinent à dire.
- Des talons tout mign…
- Ben oui, me coupe Têtard, éberlué que j’aie pas encore saisi, comme Cendrillon*, enfin ! »
« T’as de beaux talons, tu sais… »
Essaie de la recaser, tiens, pour voir.
Voilà, voilà, voilà.
* Pour ceux qui ne connaîtraient pas la vraie histoire de Cendrillon, ses demi-soeurs ont des talons si boursouflés qu’elles se les rabotent pour entrer leurs moignons dans les pantoufles de verre (et oui, verre, non vair. En réalité, c’est bien verre comme dans Disney…).
Et sinon, mille excuses pour l’état de friche de ce blogounet pendant toute la semaine qui vient. Je file au Festival d’Annecy (le meilleur du monde, soyons honnête) pour mater de l’animation en boucle. Mais attention les yeux, le 15, Têtard et Mini-Troll seront de retour, ahah !
^-^
Préambule
Papa Crapaud est très loin. Il a téléphoné, il était à 3600 m d’altitude. Il s’apprêtait à monter à 5000 m. Pendant ce temps, j’ai affronté une gastro, traqué une varicelle, plié du linge, rempli le frigo, essayé de bosser un peu (enfin, de travailler d’une main et d’essuyer le vomi de l’autre), de dormir, mais là, vraiment un tout petit peu. En prime, il fait un temps à pas foutre un batracien dehors. Aujourd’hui, la fatigue aidant, je ne suis pas très paix… Bon allez, je reste amour, ok.
Plus tard
19h47. Têtard renifle. Renifle. Renifle.
Le souci, c’est que quand il renifle trop, il saigne du nez.
Donc je répète :
« Têtard, mouche-toi ! »
Pour la quarante-deuxième fois de la soirée, je prends un mouchoir et je le lui colle aux naseaux. Je bouche une narine et je l’encourage :
« Vas-y ! Souffle ! »
Têtard se raidit.
« Qu’est-ce qui se passe ?
Il me regarde avec des yeux plein de reproche :
- Tu m’as fait mal à ma croûte.
Oui, parce que depuis une semaine, Têtard a une croûte de nez. Je m’étonne.
- Elle est encore là ?
- Ben oui mais elle a changé de narine.
- C’est pas la même alors, ta croûte n’a pas voyagé.
- Mais si : elle a pris sa voiture croûte et elle est passée dans l’autre narine. C’est une croûte voyageuse. »
J’avoue : à cet instant, je me suis dit que parfois, ça devait être bon, d’être juste une croûte.
Je suis paix. Je suis amour. Je joue à cache-cache avec Têtard.
Ahah. Je sais ce que tu penses. Dans 60 m2, le nombre de recoins est vite épuisé, hein ? Trop facile, n’est-ce-pas ? Oui mais non. C’est sans compter le demi-quintal de guano que Têtard doit avoir dans chaque oeil. Résultat, il ne me trouve pas.
C’est la deuxième fois qu’il me cherche. Sa petite voix marmonne :
« Où est-eeeeelle… »
Il tourne dix secondes, inspecte ma planque précédente. Vide. Alors ? Alors c’est con mais j’ai hyper envie de glousser. Je me pince le nez. Faudrait pas que je me fasse repérer. Je me vois. J’ai encore plus envie de rire.
Pas Têtard. Treize secondes, c’est trop.
« Mamaaaan ? »
J’ai répondu. Avant. Maintenant, je me tais. J’aimerais bien qu’il persévère, quand même. Qu’il apprenne un peu la gniak, quoi !
Silence.
« Mamaaaaaaaaaaaan ? »
Têtard déglutit. Je le sais, parce que je l’entends. Il inspire… longtemps. Ouh la. Je me précipite hors de ma cachette (les toilettes, le comble de la trouvaille). J’ai raison : il est au bord des larmes.
« Ben mon Têtard ! Enfin… Je suis là !
- (Gros soupir) J’ai eu peur !
Je le serre dans mes bras. Son petit coeur dérape.
- Je… je croyais que t’étais partie !
- Par où ? Je suis toujours là, tu sais bien !
- Mais… je croyais que t’étais devenue un esprit ! »
J’ai remarqué l’existence d’un phénomène physique très curieux. L’univers est en expansion ? Eh bien le Têtard itou. Je m’explique. Vu que Têtard grelotte de fièvre, gastro oblige, il a le privilège de dormir avec moi (ouais, je suis une feignasse : pour checker la température, je tends le bras, je le tâte et je sais). Et comme Papa Crapaud est parti faire voler son dragon… Têtard dort dans mon lit. C’est complètement la fête là.
Cette nuit, m’est donc apparu cette évidence : j’ai la relativité herself sous mon toit.
Vise un peu. Têtard se couche. Il s’endort. Plus tard, je viens. Bon, il y a déjà de la dilatation dans l’air. Je suis obligée de le faire glisser sur le côté. Je ferme les yeux. Il est tout près. J’ai trop chaud. Je recule de 5 cm. Une attraction de dingue et quelques secondes plus tard : paf, il se rapproche de 5 cm. Il se retourne. Bing, il m’envoie sa main dans l’oeil. J’ai mal. Il bouge la tête. Vers moi la tête, hein. Il ouvre la bouche. Il ronfle. Je rampe façon limace pour tenter de gagner 5 cm et m’extirper du bourbier sonore. Zou, il se reglue illico.
Le piège ? Faut pas croire qu’il reste droit, des fois que je pourrais faire le tour du pieu et me recoucher de l’autre côté, et hop, Tournez manège. Non : en même temps, il s’étale. Résultat, à 4h du matin, mes 164 cm tiennent sur une bande qui en fait 10. J’ai pas encore dormi. Et Têtard, lui, fait l’étoile de mer sur le matelas, l’écume aux lèvres.
Vers 5h, je finis par sombrer, terrassée. Mais 44 minutes plus tard, qu’est-ce que j’entends ?
« Dadaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaate ! »
Oui, parce que voilà : avec la multiplication des Têtards, l’emmerdement aussi, il est en expansion…
Têtard a été terrassé. La gastro. Aujourd’hui, j’ai donc (une fois n’est pas coutume) traqué les morceaux récalcitrants entre les lattes du parquet… La vérité ? Même avec la tonne d’amour que je me porte en bandoulière, à 7h17 du matin, c’est serré.
Pour se remettre de ses émotions, Têtard a écouté Pinocchio.
Un peu plus tard, il a pris une douche, histoire de faire baisser sa petite fièvre. C’est que comme il est grand, maintenant, il a le droit de prendre sa douche tout seul. Je passe une tête toutes les trente secondes mais il gère.
Au bout de cinq bonnes minutes, je me radine pour de bon :
« Allez Têtard, tu sors. Tu t’es lavé ?
- Oui », qu’il me répond en me regardant droit dans les yeux.
En disant cela, il colle illico sa paume de main sur le bout de son nez…
Le pire ? Quand je lui ai dit qu’il racontait des carabistouilles, il s’est écrié :
« Mais comment tu le sais ? »
Héhé.
Têtard écoute l’histoire de la chèvre de monsieur Seguin. Blanquette fait des siennes. Monsieur Seguin se fâche.
« Le loup se moque bien de tes cornes. Il m’a mangé des biques autrement encornées que toi. Tu sais bien, la vieille Renaude qui était ici l’an dernier ? Une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. »
Les yeux de Têtard s’agrandissent. Il ouvre la bouche. Il s’écrie :
« Quoooiiiiiiiii ? Une maîtresse chèvre ? Les chèvres vont à l’école ? »
