Têtard a enfilé son chapeau de Zorro. Il court. S’arrête. Et apostrophe son père.

« Papa ?

- Oui ?

- Tu pourrais chanter la musique de Zorro pendant que j’arrive au galop sur mon cheval Tornado, steuplé ?

- Oui.

On est des parents aimants, hein ? Têtard va se cacher. Papa Crapaud entonne :

- Un cavalier, qui surgit hors de la nuit…

Têtard arrive en sautillant. Il fait potocloc potocloc. Ses sourcils sont froncés. Papa Crapaud poursuit, galvanisé :

- … court vers l’aaaaventuuure au gahalop !

Têtard sort son épée (une paille rose fuchsia) et pourfend l’homme invisible.

- Son nooooooooom, il le siiigne à la POINTEUH DE L’EPEE…

Papa Crapaud ne se sent plus de joie. Les bras écartés vers le ciel, il a les yeux révulsés, l’écume aux lèvres. Il hurle. Il tourne la tête. Il voit la fenêtre, derrière lui. Elle est grande ouverte. Les quatre-vingt-treize appartements qui donnent sur la cour profitent de son solo. Il continue, l’air de rien, mais un peu moins fort quand même :

- La fenêtre est ouveeeeeeerte, et je suis ridiculeeeeuuuuuhhh.

Têtard s’arrête net. L’épée encore pointée vers le plafond, il s’écrie :

- Mais non ! Tu dois dire « d’un Z qui veut dire Zorro » ! Alors, tu connais même pas la chanson ! Pfffffffffff. »