Quand j’étais petite, parfois, ma soeur et moi, on transgressait. C’était complètement la fête. Pour ce faire, on allait chacune chercher nos matelas et on les descendait dans la chambre de mes parents. Après, on dormait tous les quatre. C’était merveilleux. On appelait ça « faire bidonville ».

Têtard adoooooore faire bidonville. Il se métamorphose en furie sous acide dès qu’on émet l’hypothèse que peut-être maybe les prochains jours, une session de bidonville aura lieu, possiblement. D’autres fois, il n’attend pas nos invitations et invente des suppliques dignes de Victor Hugo pour s’incruster dans notre chambre. Ce soir, il est très motivé. Assis sur la cuvette des toilettes, il m’interpelle :

« Maman. Je te fais une promesse. Approche-toi, je veux pas que les Autres entendent (une réplique piquée à Lost, ça, pas possible autrement), colle ton oreille.

En mère aimante, je colle mon oreille à sa petite bouche et je récolte au passage un litre de yaourt qui traînait sur le pourtour de ses babines. Têtard poursuit.

- Tu sais maman, maman chérie, ce soir, on fait bidonville et demain, je dors dans mon lit. C’est ma promesse.

- Têtard, il faut que je travaille ce soir (en fait, c’est pas tout à fait vrai, disons que j’aimerais être un poil tranquille avec papa Crapaud). On n’a qu’à faire bidonville demain.

- Oh non ! Demain, mais ce sera pas possible !

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Parce que demain, j’aurai beaucoup de travail : je dois faire du tennis, du ruby, et du foodebol américain, alors tu vois ? »

Ah ouais, je vois. Trop dure, la vie.