J’emmène Têtard au café du coin. Nous déjeunons. Têtard prend son rituel « jus-d’abricot-avec-une-paille-noire-s’il-vous-plaît ». Quand son assiette arrive, il trempe consciencieusement chaque frite dans une mare de ketchup. Comme je suis grave paix et amour, je le laisse faire. Il aura bien le temps de s’occuper de son cholestérol et de sa bouée canard dans une trentaine d’années.

« Tu sais maman, Papiou, il a grossi.

Que je te brosse le tableau fissa. Papiou est le grand-père de Têtard. Il n’habite pas à Paris. Il est loin. Têtard ne l’a pas vu depuis l’été. Par ailleurs, Papiou est le clone de cinq Kate Moss enroulées dans une ficelle à rôti. Chez lui, la prise de poids n’est donc pas particulièrement flagrante…

- Comment ça ?

- Ben quand il était petit, il était mince. Mais après, les gens lui ont dit :  » tu veux du sucre ? Mange du sucre ! » et alors il est devenu un aldulte et il était gros.

- Qui t’a dit ça ?

- Papiou ! Il m’a raconté son enfance, les gens qui lui ont donné du sucre :  »mange, mange », tout ça. Et voilà ! Maintenant, il a un gros ventre ! Ah, tu sais, moi, je suis pas content, hein ! »

Et hop, il enfourne dans son bec une frite luisante de ketchup.