Je t’ai déjà causé de madame Chachard, la droguée du reblochon. C’est notre vaillante voisine du dessous. Elle affiche balèze ses 93 printemps. Faut pas se cacher sous les graviers, depuis un moment, elle est plus roseau que chêne, hein. Mais elle en impose. Elle grimpe ses quatre étages au moins une fois par jour. Et elle garde le cuissot alerte.

L’autre jour, on la croise dans les escaliers. Elle reprend son souffle et observe les Têtards à travers ses binocles triple épaisseur :

« Qu’ils sont mignons ! Ils me rappellent mes arrières-petits enfants… Qu’est-ce qu’ils grandissent !

- Oui, n’est-ce pas ? (j’admets, niveau relance, on atteint des abîmes de médiocrité. En même temps, qu’est-ce que je peux dire d’autre ?)

- Ah la la, ça passe trop vite !, se lamente cette brave madame Chachard.

Pas le temps de réagir. Têtard sort sa faux et me coupe l’herbe sous le pied. Puis il plante l’outil dans l’escalier, s’accoude négligemment dessus, regarde madame Chachard droit dans les yeux et lui sort :

- Eh oui ! C’est comme ça la vie : on naît, on grandit, on est jeune, on devient vieux, et on meurt.

- …

- Euh… On va y aller, keuf keuf. Bonne soirée madame Chachard… »